
Et si le véritable enjeu n’était pas de pratiquer davantage, mais de pratiquer mieux ? L’activité physique est essentielle à la préparation des sapeurs-pompiers, mais elle peut aussi être source d’accidents. Dans l’édition 2026 du Focus dédié aux risques liés à l’activité physique des pompiers, nos experts Relyens analysent les principaux facteurs de risque et proposent des axes d’action concrets pour renforcer la prévention et préserver le capital santé des sapeurs-pompiers professionnels (SPP) et volontaires (SPV).
Notre étude, basée sur l’ensemble des accidents du travail en lien avec l’activité physique dans les SIS, déclarés auprès de Relyens en 2025¹, permet d’en analyser les caractéristiques et l’évolution.

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L’activité physique est indispensable… mais aussi la première cause d’accident en caserne.
Une analyse inédite issue de plus de 9000 accidents pour identifier des leviers concrets d’action dans votre SIS.
L’activité physique, un pilier de la préparation des sapeurs-pompiers
L’activité physique contribue directement à la préparation opérationnelle des sapeurs-pompiers. Elle permet de développer les capacités nécessaires à l’intervention, tout en participant à la santé et à la cohésion des équipes.
Pourtant elle représente la première cause d’accidents en caserne : 67 % chez les sapeurs-pompiers professionnels et 56 % chez les volontaires.
Le constat suivant peut surprendre : les accidents surviennent majoritairement dans des conditions de pratique conformes. 73 % des séances sont conduites par un encadrant des activités physiques et 99 % ne dépassent pas une heure trente.
La plupart des accidents surviennent alors que les conditions de pratique sont réunies. Nos diagnostics révèlent en revanche des dérives bien identifiées.
Florent Brun
Manager des risques services d’incendie et de secours, Relyens
Ces données invitent donc à regarder au-delà des seules conditions de pratique. Quels facteurs peuvent expliquer cette sinistralité et quels points de vigilance retenir pour mieux prévenir les accidents ?
Quels facteurs de risque surveiller ?
L’analyse des accidents met en évidence deux points de vigilance à prendre en compte dans la prévention : la pratique des sports collectifs et l’avancée en âge.
La concentration des accidents sur les sports collectifs
Les sports collectifs font partie des activités physiques les plus accidentogènes : 62 % des accidents liés à l’activité physique, contre 38 % pour les activités individuelles. Le football arrive en tête (34 %), devant la course à pied (17 %), le volleyball (11 %).
Les sports collectifs contribuent au maintien d’une bonne condition physique et à la cohésion des équipes. Ces données invitent. cependant à renforcer la maîtrise de leur pratique et de leur encadrement.
L’influence de l’âge sur la fréquence des accidents
Les 30-39 ans – tranche la plus représentée des effectifs – présentent la fréquence d’accidents la plus élevée. Chez les 50-54 ans, l’avancée en âge ne se traduit pas nécessairement par davantage d’accidents : elle peut en revanche modifier leur impact et notamment prolonger la durée des arrêts.
Chez les sapeurs-pompiers volontaires de plus de 54 ans, la durée moyenne d’arrêt atteint ainsi 127 jours.
Ces résultats soulignent l’importance de faire évoluer la préparation physique au fil de la carrière des agents, en tenant compte de leur âge, de leur condition physique et de leur parcours.
Comment renforcer la prévention des accidents liés à la pratique sportive dans les SIS ?
Prévenir les accidents liés à l’activité physique suppose d’inscrire la démarche de prévention dans la durée et de l’adapter lorsque cela est nécessaire. Elle repose également sur une responsabilité partagée entre les différents acteurs du SIS.
Adopter une culture du suivi
La condition physique d’un sapeur-pompier évolue au fil de sa carrière, en fonction de son activité, de ses blessures, de ses périodes d’absence ou encore de son âge. La prévention ne peut donc pas reposer uniquement sur des évaluations ponctuelles.
Elle suppose au contraire un suivi de la condition physique dans la durée. C’est tout l’enjeu du passage d’une « culture du test » à une « culture du suivi ». Les indicateurs de condition physique (ICP) peuvent contribuer à suivre cette évolution, à identifier certains signaux et, lorsque cela est nécessaire, à adapter la préparation et l’accompagnement des agents.
Faire de la prévention une responsabilité partagée
La prévention des accidents liés à l’activité physique ne repose pas sur un seul acteur. Elle s’inscrit dans une chaîne où chacun a un rôle à jouer : l’agent, la hiérarchie, l’encadrant de l’activité physique et l’expertise médicale.
A retenir
La prévention doit créer un cadre permettant à chaque sapeur-pompier de pratiquer une activité adaptée à ses capacités et aux exigences de ses missions.
La technologie au service de la prévention
Les outils numériques peuvent également faciliter le suivi de la condition physique et des pratiques sportives. En centralisant les informations liées aux séances, aux évaluations et à l’activité des agents, ils permettent aux agents de suivre leur progression et aux encadrants d’adapter leur accompagnement.
La prévention peut-elle produire des effets mesurables ?
Les démarches de prévention engagées dans les SIS peuvent-elles réellement faire évoluer la sinistralité ? Les données analysées par Relyens sur plusieurs années apportent des éléments de réponse.
En 2025, la fréquence des accidents liés à l’activité physique a diminué de 7 % chez les sapeurs-pompiers professionnels et de 18 % chez les volontaires. Par ailleurs, parmi les SIS ayant bénéficié d’un diagnostic de prévention, 90 % présentent une diminution marquée de la sinistralité.
La part des accidents suivis d’un arrêt de travail a également diminué entre 2021 et 2025, passant de 79 % à 70 % chez les professionnels et de 78 % à 71 % chez les volontaires.
Ces résultats montrent l’intérêt d’inscrire la prévention dans la durée : observer les accidents, identifier les points de vigilance, mettre en place des actions et suivre leur évolution.
L’enjeu n’est donc pas seulement de disposer de données sur les accidents, mais de les transformer en actions concrètes et d’en mesurer les effets dans le temps.
La répartition et les natures d’accidents en service de sapeurs-pompiers en 2024
Dans l’édition 2025 sur le maintien et retour à l’emploi dans les SDIS, nos experts Relyens ont présenté l’état des lieux des accidents en services des sapeurs-pompiers professionnels (SPP), volontaires (SPV) ainsi que des personnels administratifs et techniques (PATS). Revenons sur quelques extraits de cette analyse qui détaille les tendances des accidents survenus en 2024.
1. Accidents en caserne
Les accidents en caserne qui représentent la première nature d’accidents dans les SDIS avec 67 % chez les sapeurs-pompiers professionnels et 49 % chez les sapeurs-pompiers volontaires.
Les accidents liés à la pratique sportive demeurent les plus nombreux. Ils représentent 2/3 des accidents, dont 68 % chez les SPP et 56 % chez les SPV.
2. Accidents sur site d’intervention
Les accidents sur site d’intervention sont la 2e source d’accidents des sapeurs-pompiers. Ils représentent 28 % des accidents de SPP et davantage pour les sapeurs-pompiers volontaires, avec un bilan de 42 %.
Parmi ces accidents, le secours à victime représente la part la plus importante avec 6 accidents sur 10 chez les SPP et plus de 7 sur 10 chez les SPV.
3. Accidents de trajet et de circulation
Enfin, les accidents de trajet et de circulation représentent 5 % du total des accidents chez les sapeurs-pompiers professionnels et près du double pour les volontaires.
Focus sur la gravité des accidents en service chez les sapeurs-pompiers en 2024
La durée moyenne des arrêts en 2024 est établie à 45 jours pour les pompiers.
Chez les professionnels, les arrêts les plus longs sont essentiellement causés par les accidents de trajet entre la caserne et le domicile. En 2024, les accidents avec arrêts s’élèvent à 65 %, soit près de 7 accidents sur 10. Cependant, les arrêts sont majoritairement de courte durée.
Bon à savoir
Pour la moitié des accidents, la durée moyenne est inférieure à 15 jours (50 %), et inférieure à 30 jours dans 70 % des accidents. À noter que la gravité des arrêts faisant suite à un accident tend à augmenter en fonction de l’âge des pompiers.
¹ La population concernée regroupe 23 000 sapeurs-pompiers professionnels, 27 000 sapeurs-pompiers volontaires, répartis dans 53 SIS assurés assurance statutaire et protection sociale. Les indicateurs 2025 sont calculés en avril 2026 et sont représentatifs d’une tendance à cette date.



