Comment prévenir l’épuisement avant qu’il ne fragilise les professionnels, les équipes et, à terme, la qualité des soins ? C’est la question au cœur des échanges de l’Agora Relyens organisée lors de SantExpo. À l’occasion de la Semaine de la qualité de vie et des conditions de travail, retour sur des réflexions et des retours d’expérience qui dépassent largement le cadre de l’événement et éclairent les défis quotidiens des organisations de santé.
Et si la sécurité des patients commençait par la santé de celles et ceux qui les soignent ?
L’usure professionnelle et la pénurie de personnel constituent aujourd’hui la première menace pour la sécurité des patients. C’est l’un des enseignements majeurs du Rapport prospectif Relyens 2026. Mais derrière ce constat se dessine une autre réalité : partout sur le terrain, les médecins, coordinateurs, managers, expérimentent de nouvelles approches pour détecter les vulnérabilités plus tôt, prévenir les ruptures et renforcer durablement la résilience des équipes.
Les échanges de l’Agora Relyens du 19 mai dernier ont mis en lumière quatre convictions fortes qui invitent à repenser la prévention de l’épuisement professionnel et, plus largement, la manière de prendre soin de ceux qui soignent.
1. Faire de la santé des équipes une priorité
Paolo Silvano (Président du comité scientifique santé de Relyens) a rappelé la dimension systémique du sujet :
« Faire reprendre un professionnel dans les mêmes conditions que celles qui ont provoqué son épuisement est stérile. C’est la meilleure façon de provoquer une rechute, délétère pour lui comme pour son équipe. »
La prévention de l’épuisement passe ainsi par une réflexion sur les conditions de travail, les modes de management et l’organisation des activités, bien au-delà du seul retour à l’emploi.
2. Prévenir les rechutes en agissant sur l’organisation
Pour le Dr Clément Duret (Chef de service à l’AP-HP / Directeur Médical Holicare), l’accompagnement individuel ne peut suffire lorsque les causes profondes demeurent inchangées :
« Faire reprendre un professionnel dans les mêmes conditions que celles qui ont provoqué son épuisement est stérile. C’est la meilleure façon de provoquer une rechute, délétère pour lui comme pour son équipe. »
La prévention de l’épuisement passe ainsi par une réflexion sur les conditions de travail, les modes de management et l’organisation des activités, bien au-delà du seul retour à l’emploi.
3. Faire de l’erreur une opportunité d’apprentissage collectif
Patricia Polizzi (SRA PASQUAL) a souligné l’importance croissante de l’accompagnement par les pairs des professionnels confrontés à un événement indésirable, souvent qualifiés de « seconde victime » :
« Il ne s’agit pas de nier la responsabilité, mais de considérer l’erreur dans un écosystème pour qu’elle devienne une source d’apprentissage, et non la raison d’une démobilisation. »
Ce changement de regard contribue à renforcer la culture de sécurité en transformant des situations potentiellement traumatisantes en pistes d’amélioration et de progression collective.
4. Réinventer les organisations pour répondre aux nouvelles attentes
Barbara Robert (Coordonnatrice générale des soins au CHU de Bordeaux) a porté un regard particulièrement éclairant sur l’évolution des aspirations professionnelles :
« Les jeunes générations cherchent un équilibre. Elles ne veulent plus se sacrifier, et c’est tant mieux. C’est une opportunité de réinventer notre organisation pour leur permettre de tenir dans la durée. »
Loin d’être une contrainte, cette évolution peut devenir un moteur de transformation pour construire des organisations soutenables, attractives et durables.
Anticiper pour mieux protéger
Une conviction s’est dégagée de ces échanges : l’anticipation n’est pas un concept théorique, mais un acte de management. Détecter les signaux faibles, accompagner les professionnels en difficulté et repenser les organisations constituent autant de de moyens d’actions pour prévenir l’épuisement avant qu’il ne s’installe.
Prendre soin de celles et ceux qui soignent ne relève pas seulement de la qualité de vie au travail. C’est une condition essentielle pour préserver la qualité des soins, renforcer la sécurité des patients et garantir la pérennité de notre système de santé.



