Accueil Ressources Articles de blog Prévention et santé au travail Les Indicateurs de Condition Physique (ICP) : définition et prévention 

Les Indicateurs de Condition Physique (ICP) : définition et prévention 

indicateur condition phyisque sis

Pour un SIS, suivre la condition physique de ses sapeurs-pompiers ne consiste pas uniquement à évaluer leurs performances. C’est aussi une manière d’identifier des signaux, d’adapter l’accompagnement et de mieux préserver leur capital santé tout au long de leur carrière. 

Les Indicateurs de Condition Physique (ICP) permettent d’évaluer différentes capacités physiques des sapeurs-pompiers. Mais leur intérêt ne se limite pas au résultat obtenu lors des tests. Suivis dans le temps, ils peuvent devenir de véritables repères au service de la prévention et de l’accompagnement des sapeurs-pompiers. 

Qu’est-ce que les Indicateurs de Condition Physique (ICP) chez les pompiers ? 

Les Indicateurs de Condition Physique (ICP) regroupent différents tests destinés à évaluer les capacités physiques des sapeurs-pompiers civils. Ils permettent notamment d’observer plusieurs composantes de la condition physique nécessaires à leur activité. 

Les ICP peuvent ainsi porter sur : 

  • l’endurance cardiovasculaire, avec des épreuves permettant d’évaluer les capacités d’endurance ; 
  • la force et l’endurance musculaire, notamment au niveau des membres supérieurs et inférieurs ; 
  • la souplesse ; 
  • le gainage et le maintien de la ceinture abdominale. 

Les épreuves utilisées peuvent comprendre des tests de type Killy, des pompes, des tractions, des tests de gainage ou encore des épreuves comme le Luc Léger ou le VAMEVAL pour évaluer l’endurance cardiovasculaire. 

Les ICP donnent ainsi une vision de plusieurs capacités physiques nécessaires à l’activité de sapeur-pompier, au-delà d’une simple mesure de performance sportive. 

Les ICP sont-ils obligatoires chez les sapeurs-pompiers ? 

Les ICP font partie du suivi de la condition physique des sapeurs-pompiers. Leur caractère obligatoire et leurs modalités d’application dépendent toutefois du cadre applicable et du statut des sapeurs-pompiers. Ils doivent par ailleurs être distingués de l’aptitude médicale, qui répond à un autre objectif. 

Les ICP chez les sapeurs-pompiers volontaires

Les sapeurs-pompiers volontaires sont eux aussi concernés par le maintien des capacités nécessaires à l’exercice de leurs missions. Comme pour les professionnels, les ICP permettent d’évaluer différentes capacités physiques utiles à leur activité. 

La principale particularité tient à leur statut : les sapeurs-pompiers volontaires exercent leur engagement en parallèle de leur vie professionnelle et personnelle. Leur disponibilité pour s’entrainer peut donc évoluer au fil du temps. 

Quel lien entre ICP et aptitude médicale ?

Les ICP et l’aptitude médicale sont complémentaires, mais ils ne répondent pas au même objectif. Les ICP évaluent différentes capacités physiques à travers des tests. L’aptitude médicale repose, quant à elle, sur la détermination de la capacité d’un sapeur-pompier à exercer ses missions au regard de ses capacités physiques, sensorielles et psychologiques. (Décret n°2025-330 du 10 avril 2025) 

Un bon résultat aux ICP ne suffit donc pas à établir une aptitude médicale. De son côté, le suivi de l’aptitude médicale apporte un éclairage complémentaire sur la capacité du sapeur-pompier à exercer ses missions. 

Croiser ces deux approches permet ainsi d’avoir une vision plus complète de la condition physique et de la santé des sapeurs-pompiers. 

Quelles sont les obligations et responsabilités du SIS ? 

Le SIS doit veiller au maintien des capacités nécessaires à l’exercice des missions de ses sapeurs-pompiers. Dans ce cadre, il a l’obligation d’évaluer certaines capacités nécessaires à l’activité opérationnelle. 

Mais la responsabilité du SIS ne se limite pas à organiser des tests. Il doit également mettre en place un cadre permettant aux sapeurs-pompiers d’entretenir leur condition physique en toute sécurité. Cela passe par des infrastructures adaptées, du matériel de renforcement musculaire ou d’endurance, voire des effets de sport, un encadrement approprié et du temps consacré à la préparation physique. 

Lorsque les moyens d’entraînement, le temps de préparation, les équipements ou l’organisation nécessaires ne sont pas réunis, les conditions de l’évaluation peuvent être contestées par les sapeurs-pompiers.  

Pour les sapeurs-pompiers volontaires, la reconnaissance de ce temps consacré à la préparation physique peut varier selon les SIS. Ces écarts peuvent créer des conditions de préparation différentes pour les sapeurs-pompiers et influer sur leur capacité à entretenir leur condition physique. 

L’enjeu est donc de mettre en cohérence les exigences liées à la condition physique et les moyens réellement disponibles pour permettre aux sapeurs-pompiers de l’entretenir. 

Différence entre ICP et CCPM

Le Contrôle de la Condition Physique des Militaires (CCPM) et les ICP reposent tous deux sur des tests physiques. Ils ne répondent cependant pas à la même finalité. 

Le CCPM se décompose en deux ensembles : 

  • le Contrôle de la Condition Physique Générale (CCPG) : des épreuves générales de condition physique ; 
  • le Contrôle de la Condition Physique Spécifique (CCPS) : des épreuves davantage liées aux exigences propres aux missions. Par exemple, pour un militaire de l’Armée de terre, une épreuve de tir peut être réalisée après un effort physique afin d’évaluer comment il conserve sa capacité à agir. 

 « Les ICP et le CCPM peuvent s’appuyer sur des tests physiques présentant des similitudes, mais leur philosophie n’est pas la même. »

Photo de profil

Sébastien Baume

Médecin chef de l’École nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers

Bon à savoir

La différence entre les ICP et le CCPM tient surtout à leur finalité. Le CCPM s’inscrit dans une logique de contrôle de la condition physique militaire, tandis que les ICP permettent d’évaluer différentes capacités physiques des sapeurs-pompiers et vont au-delà de la seule évaluation pour devenir de véritables indicateurs de prévention.

Activité physique chez les pompiers : des accidents fréquents 

La pratique physique fait partie intégrante du métier de sapeur-pompier et permet d’entretenir les capacités nécessaires aux missions. Elle peut toutefois également être une source importante d’accidents lorsqu’elle est mal adaptée ou insuffisamment encadrée

Derrière l’accidentologie sportive, quelles réalités humaines et organisationnelles ?

Un accident lié à l’activité physique ne se résume pas à une blessure. Pour le sapeur-pompier, les conséquences peuvent se prolonger dans le temps, avec des séquelles susceptibles d’affecter sa vie professionnelle comme sa vie personnelle. Une absence prolongée peut également l’éloigner de son environnement de travail et générer frustration et perte de repères. 

Pour le SIS, l’absence d’un agent réduit temporairement le potentiel opérationnel et peut avoir des conséquences sur le fonctionnement de la caserne. Dans certaines situations, lorsque le retour à l’état antérieur n’est pas possible, un reclassement peut même être envisagé. 

Prévenir les accidents liés à l’activité physique, c’est donc aussi limiter leurs conséquences humaines pour le sapeur-pompier et organisationnelles pour le SIS. 

Focus sur les sports collectifs : une pratique à encadrer 

Chez les sapeurs-pompiers, les sports collectifs font partie des activités physiques les plus accidentogènes. Ils représentent 61 % des accidents. Le football, sport collectif le plus pratiqué, expose notamment aux entorses de la cheville, tandis que le volley-ball peut entraîner des blessures au niveau des membres supérieurs. 
Ces activités, souvent pratiquées dans un objectif de convivialité peuvent toutefois devenir plus accidentogènes lorsqu’elles sont improvisées, insuffisamment encadrées ou que la pratique se transforme en compétition. 

L’objectif est donc de préserver l’intérêt du sport collectif pour le groupe, tout en privilégiant des activités orientées vers la préparation physique opérationnelle et correctement encadrées. 

Le sport collectif doit être considéré comme une activité de cohésion et de plaisir partagé, et non pas comme une compétition. Cette approche permet de préserver les bénéfices du collectif tout en limitant les comportements qui peuvent favoriser les accidents. 

Comment prévenir les risques d’accidents liés à l’activité physique ? 

La prévention des accidents liés à l’activité physique commence par vérifier l’aptitude médicale du sapeur-pompier à pratiquer l’activité proposée. 

Elle repose ensuite sur une pratique encadrée, progressive et adaptée aux capacités des participants. L’encadrement constitue un facteur important de prévention : il permet de maîtriser l’intensité de l’effort, d’adapter les exercices et d’éviter qu’une activité ne se transforme en situation accidentogène. 

La recherche de performance peut aussi devenir contre-productive lorsqu’elle conduit à une récupération insuffisante ou à une pratique excessive. La bigorexie, ou addiction au sport, peut notamment conduire à une pratique compulsive et favoriser les blessures. 

Enfin, les conditions de pratique comptent également. Échauffement, progressivité de l’effort, hydratation et récupération active participent à une pratique plus sûre. Le choix du terrain et du matériel doit lui aussi être adapté à l’activité. Un match de foot improvisé en fin de garde ne réunit par exemple, pas nécessairement les conditions favorables à une pratique sécurisée. 

La prévention ne se joue toutefois pas uniquement pendant les séances. L’enjeu pour le SIS est donc de mettre en cohérence les exigences liées à la condition physique avec les moyens réellement disponibles pour permettre aux sapeurs-pompiers de l’entretenir. 

Pour une pratique sûre : 

1 
Avant la séance 
Aptitude médicale vérifiée 
Capacités et restrictions prises en compte 
Échauffement indispensable 
2 
Pendant la séance 
Encadrement de la pratique 
Intensité maîtrisée 
Progressivité de l’effort 
Hydratation régulière 
3 
Après la séance 
Récupération active 
 

Dans la durée : Temps dédié, infrastructures et matériel adaptés

Enfin, la prévention doit aussi prendre en compte l’état mental du sapeur-pompier au moment de l’activité. Une préoccupation ou une baisse de vigilance peut diminuer son attention à son environnement et augmenter le risque d’accident. 

La condition physique ne se résume donc pas à la puissance musculaire. Le fait d’être bien dans sa tête participe également à la capacité à agir. Une préparation physique adaptée doit donc prendre en compte l’ensemble de ces dimensions. 

Comment accompagner les sapeurs-pompiers tout au long de leur carrière ? 

La condition physique d’un sapeur-pompier évolue au fil de sa carrière. Le suivi des ICP permet d’objectiver cette évolution et d’identifier d’éventuels signaux nécessitant une attention particulière. Ces informations peuvent alors être prises en compte pour adapter la préparation physique et l’accompagnement du sapeur-pompier. 

 Le médecin de sapeurs-pompiers, un acteur de la prévention en santé

Au sein du SIS, le Service de santé et de secours médical (SSSM) intervient dans le suivi médical de l’aptitude des sapeurs-pompiers. Il prend en compte plusieurs éléments : l’état de santé général, la condition physique et les résultats des évaluations physiques. Mais son rôle ne se limite pas à ce suivi : il s’inscrit également dans une démarche plus large de prévention en santé. 

Les ICP peuvent apporter au médecin des éléments complémentaires utiles au suivi médical en faisant apparaître des évolutions ou des signaux qui méritent une attention particulière. Hélène Darmon, Médecin Capitaine de Sapeurs-Pompiers Professionnels, souligne ainsi l’intérêt de les utiliser comme des marqueurs de dépistage de problématiques potentielles, notamment musculosquelettiques ou cardiovasculaires. 

Cette complémentarité entre évaluation physique, suivi médical et prévention permet d’accompagner les sapeurs-pompiers dans la durée. Elle contribue aussi à préserver leur capacité à exercer leurs missions dans de bonnes conditions, tout en tenant compte de l’évolution de leur santé et de leur situation au cours de leur carrière. 

FAQ

Existe-t-il un barème ICP identique dans tous les SIS ? 

Les épreuves et les modalités de mise en œuvre des ICP peuvent varier selon les SIS. Les conditions de préparation, les équipements disponibles ou encore l’organisation des séances peuvent également différer d’un département à l’autre. Il est donc important de se référer au cadre défini par son SIS. 

 Qu’est-ce que la bigorexie ? 

La bigorexie désigne une addiction au sport, caractérisée par une pratique excessive, compulsive et difficile à contrôler. Chez les sapeurs-pompiers, cette recherche excessive de performance peut notamment favoriser les blessures de surcharge, les lésions chroniques et une récupération insuffisante. 


Découvrez nos articles