Accueil Ressources Articles de blog Protection des biens Incendie en blanchisserie hospitalière : un risque connu, des sinistres évitables

Incendie en blanchisserie hospitalière : un risque connu, des sinistres évitables

La blanchisserie hospitalière constitue un environnement industriel au risque incendie élevé. Lorsqu’un incendie survient, ses conséquences dépassent le seul périmètre du bâtiment touché : l’interruption de la production de linge propre impacte rapidement la continuité des soins, le personnel est mis en danger et les couts financiers associés grimpent vite. Cet article, fondé sur une étude conduite par l’URBH1 et Relyens en 2025 et le témoignage des Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS), présente un état des lieux du risque, analyse ses conséquences à travers un incident réel et formule des recommandations concrètes à destination des responsables de ces établissements.

État des lieux des risques en blanchisserie

Les sources d’ignition des incendies en blanchisserie hospitalière se situent généralement au niveau des séchoirs et sèche-linges ou des installations électriques.

Ainsi, parmi les facteurs de risque qui favorisent l’apparition d’incendies, on distingue l’accumulation de bourres et fibres textiles combustibles, l’encrassement des machines et installations ainsi que le défaut de nettoyage et de maintenance préventive. 43,7 % des répondants indiquent, par exemple, ne pas nettoyer régulièrement leurs gaines d’extraction des séchoirs et calandreuses, alors que 51 % des sinistres incendie sont d’origine matérielle.
Par ailleurs, 23 % des sinistres sont causés par des surtensions d’origine canalisée ou des courts-circuits. Les travaux et autres interventions d’entreprises extérieures sont également à l’origine de nombreux départs de feu.

Certains facteurs viennent accroitre l’ampleur et la gravité du sinistre, comme les importants volumes de linge stockés ou l’absence de personnel la nuit et le weekend, puisque la quasi-totalité des blanchisseries fonctionnent cinq jours sur sept2. Nombre de départs de feu se produisent donc hors présence humaine, souvent quelques heures après la fin du processus de lavage/séchage. L’absence de formation du personnel et de plan de continuité vient aggraver cette situation : seuls 26 % des sondés déclarent avoir formé 100 % de leur personnel, là où 3 % des incendies sont d’origine humaine (erreur, négligence, malveillance ou produits chimiques).

D’où viennent ces fragilités ?

Une part de la vulnérabilité incendie des blanchisseries hospitalières est liée aux infrastructures : un tiers d’entre elles ont été construites avant 1980 et beaucoup occupent des locaux anciens qui n’ont pas été conçus pour les cadences actuelles. Cette composante implique également un enchevêtrement des réseaux : l’ajout successif de rails de transport, de tuyauteries de vapeur et de gaines de ventilation rend la création de murs coupe-feu (« la sectorisation ») techniquement complexe et extrêmement onéreuse. Cela explique sans doute en partie que 40 % de répondants ne possèdent pas d’isolement au feu avec un autre bâtiment.

« Une blanchisserie hospitalière fonctionne comme un organe vital : elle ne peut jamais s’arrêter. On constate fréquemment en visite sécurité que, pour gagner du temps et fluidifier le passage des chariots, les portes coupe-feu sont souvent maintenues ouvertes avec des cales ou des bacs à linge.
Les dégagements sont aussi souvent obstrués par le linge sale qui arrive par vagues massives. Les zones de circulation et les accès aux moyens de secours (extincteurs, robinets d’incendie armé [RIA]) sont les premiers espaces utilisés pour le stockage temporaire, ce qui rend l’intervention des secours chaotique. »

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Capitaine Antoine AUDFRAY

Adjoint au Chef de service prévention, SDIS 17

De la même façon, mettre aux normes le désenfumage d’un grand volume encombré de convoyeurs aériens demande de lourds investissements que les budgets hospitaliers peinent parfois à absorber face aux priorités de soins. Pourtant, ces systèmes de désenfumage permettent de limiter la propagation des fumées, et donc, les dommages qui leur sont liés. Du point de vue de la protection des équipements, 56 % des blanchisseries possèdent un système d’extinction automatique sur leur séchoir/tunnel de finition. Ce système de protection très efficace est à développer sur l’ensemble des séchoirs. 41,2 % d’entre elles ne sont pas équipées en protection foudre, alors même que 23 % des sinistres sont causés par des surtensions d’origine atmosphérique.

D’autres points de vulnérabilité relèvent plutôt de l’organisation des services de blanchisserie. D’après notre étude, 20 % des blanchisseries hospitalières ne font pas de permis feu, 40 % n’organisent pas de zone fumeurs dédiée, 50 % stockent des palettes aux pieds des façades. De plus, elles ne sont que 56 % à disposer d’un plan de continuité d’activité et 66 % d’une convention avec d’autres blanchisseries. Si 35 % d’entre elles se situent sur site hospitalier qui bénéficie de la présence d’un service de sécurité, 44 % des blanchisseries sont sans surveillance électronique et 60 % sans surveillance humaine en dehors des heures ouvrées.

« Il existe enfin un biais cognitif chez les opérateurs : le linge est mouillé durant une grande partie du cycle. Cette présence constante d’eau occulte le danger réel des phases critiques (séchage, calandrage, stockage de linge sec) et de la poussière hautement inflammable qui tapisse les structures. »Être une entreprise à mission est un véritable engagement, qui nous oblige à rendre des comptes sur ce qui compte vraiment.
C’est une responsabilité qui doit être assumée, partagée et vécue. »

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Néanmoins, notre étude révèle une bonne maitrise des stockages de produits chimiques. Les produits acides et basiques sont ainsi stockés dans des bacs de rétention séparés à 95,6 % et le volume des rétentions est suffisamment dimensionné dans 88,6 % des cas. Par ailleurs, 72 % des sondés réalisent des exercices d’évacuation.

  1. URBH : Union des Responsables de Blanchisserie Hospitalière ↩︎
  2. Source : 93 % des blanchisseries fonctionnent 5jrs/7jrs ↩︎

Quelles conséquences pour ces sinistres ?

Un jour ordinaire de production, un séchoir industriel automatisé à vapeur prend feu dans une zone isolée des locaux du GCS Blanchisserie Toulousaine de Santé, première blanchisserie publique de France en volume traité, dont dépend notamment le CHU de Toulouse. En cause : une vis coincée entre le tambour et la paroi de l’appareil, dont la rotation génère des étincelles jusqu’à déclencher un incendie. Le scénario aurait pu tourner au désastre, heureusement, « l’alarme incendie s’est déclenchée et a affiché la zone concernée », relate Marc Drezen, directeur technique du GCS. « Notre laveur est intervenu immédiatement et a utilisé le RIA à disposition sur la zone pour éteindre le feu. La maintenance est intervenue en parallèle pour sécuriser la partie électrique et alerter les pompiers de l’hôpital Larrey. »

Cet épisode illustre ce qui distingue un incident maitrisé d’une catastrophe opérationnelle : les dégâts sont minimes grâce à la conjonction d’une détection zonée efficace, d’équipes formées et de moyens d’intervention immédiatement disponibles. Un enseignement qui a conduit cet établissement à renforcer ses protocoles de maintenance préventive sur les séchoirs et à pérenniser ses formations annuelles au maniement des extincteurs, dispensées par les pompiers eux-mêmes, avec traçabilité.

Malheureusement, dans d’autres cas, l’impact du sinistre est bien plus important. Sur le plan matériel, les dégradations touchent aussi bien les équipements que les locaux, parfois jusqu’à leur destruction partielle. Sur le plan opérationnel, l’interruption de la production de linge propre menace directement la continuité des soins : retards de livraison aux services hospitaliers, voire arrêt total, avec des répercussions directes sur la prise en charge des patients. Les équipes ne sont pas épargnées non plus, entre risques d’inhalation de fumées, exposition à des produits chimiques et déplacement provisoire de l’activité vers une autre structure. Enfin, l’impact financier, bien que concentré sur un nombre limité de sinistres majeurs, peut s’avérer très lourd.

Ce dernier point révèle une tension structurelle : celle de l’arbitrage entre coût de la prévention et coût du sinistre. Le nettoyage des bourres de linge, la maintenance des séchoirs, les arrêts nécessaires pour entretenir les conduits d’extraction sont perçus comme autant d’opérations couteuses en temps et en productivité. Et le risque qu’elles préviennent est par nature discret : contrairement à une panne machine qui stoppe immédiatement la production, l’accumulation de poussières dans un conduit constitue une menace silencieuse, invisible jusqu’au jour où elle ne l’est plus.

77%

Les incendies d’origine matérielle concentrent

du coût des sinistres incendies

Que faire pour se prémunir des incendies en blanchisserie hospitalière ?

Différentes mesures, d’ordre technique, organisationnel et humain, peuvent contribuer à réduire le risque incendie en blanchisserie.

Fiabiliser les équipements et les installations

par des vérifications périodiques et la planification de la maintenance.

  • Généraliser la détection incendie à l’ensemble des locaux, si ce n’est pas encore le cas, avec un renvoi d’alarme vers un poste de télésurveillance opérationnel 24h/24, indispensable pour garantir une intervention rapide, y compris en dehors des heures de production
  • Envisager des systèmes d’extinction automatique sur les séchoirs et autres équipements à risque élevé
  • Planifier rigoureusement la maintenance préventive des équipements, en intégrant les vérifications périodiques réglementaires des bâtiments ainsi que le contrôle régulier des moyens de secours (extincteurs, RIA, désenfumage, etc.)
  • Vérifier le comportement des séchoirs en cas de surchauffe : lorsque la sécurité de « sur-séchage » se déclenche, s’assurer que la ventilation est bien maintenue pour permettre l’évacuation de la chaleur résiduelle
  • Sécuriser les accès de la blanchisserie, périphériques comme périmétriques, par une combinaison de clôtures, de contrôle d’accès, de vidéoprotection et d’alarme anti-intrusion avec report d’alarme, afin de prévenir tout acte de malveillance susceptible de déclencher un sinistre

Maîtriser l’environnement de travail

Par le nettoyage des bourres, la gestion du linge humide et l’adaptation des procédures métier.

  • Inscrire le nettoyage intégral de la blanchisserie dans le plan de maintenance préventive annuel de l’établissement
    o Filtres : minimum une fois par jour
    o Dessus des machines : une fois par semaine
    o Conduits et gaines : une fois par an
    o Éléments hauts : une fois par an ou plus si les bourres s’accumulent

« Nous recommandons l’utilisation d’aspirateurs industriels (parfois de type ATEX selon les zones) plutôt que le soufflage à l’air comprimé, qui ne fait que déplacer le problème en remettant les poussières en suspension. 

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Capitaine Antoine AUDFRAY

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  • Formaliser une procédure rappelant les bonnes pratiques pour limiter le(s) risque(s) d’auto-inflammation du linge
    o Vérification du contenu des sacs de linge
    o Adaptation des températures de séchage si nécessaire,
    o Retrait du linge en sortie de séchoir,
    o Utilisation de bacs en aluminium,
    o Pas d’utilisation des séchoirs en dehors des heures de présence du personnel
  • Adapter les paramètres de séchage aux articles particuliers que sont les « lavettes/chiffonnettes » en intissé, en limitant la température de séchage et en étant particulièrement vigilant pour éviter le « sur séchage ». Attention aux articles non adaptés au séchage (mousse, rembourrage, etc.)
  • Couper l’alimentation en gaz au niveau des machines en fin de process

« Le linge sortant d’un séchoir industriel à haute température peut subir une combustion spontanée s’il est empilé ou mis en bac immédiatement sans avoir été refroidi. Le SDIS insiste donc sur l’interdiction de court-circuiter les cycles de refroidissement sur les automates. »

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Capitaine Antoine AUDFRAY

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Encadrer les situations à risque

via la réalisation de permis feu pour les opérations de travaux par point chaud ainsi que par la surveillance et la gestion des reports d’alarme 24h/24.

  • Répartir les produits acides et basiques sur des rétentions séparées dans des volumes ventilés et isolés
  • Organiser le stockage des palettes éloignées des pieds de façades
  • Sécuriser un espace dédié aux fumeurs à l’abri des risques (gaz, stockage, etc.)
  • Procéder à l’analyse des risques de coactivité et rédiger des plans de prévention et/ou permis feu quand l’opération le nécessite

« La sectorisation et le recoupement sont essentiels pour éviter que le “flux de linge” ne devienne le vecteur principal du feu. Le cloisonnement doit donc être strict entre la zone de réception du linge sale, la zone de traitement (tunnels de lavage/calandres) et la zone d’expédition du linge propre, stocké sous film plastique. »

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Anticiper et organiser la réponse au sinistre

grâce à la réalisation de formations et exercices incendie et la rédaction d’un Plan de Continuité d’Activité.

  • Former le personnel au risque incendie, aux risques chimiques et aux procédures d’urgence
  • Réaliser des exercices incendie (réels ou simulés)
  • Rédiger des procédures dans un plan de continuité d’activités (PCA), afin d’assurer la résilience de l’établissement en cas de sinistre
  • Tester et réévaluer ses plans de secours (gestion de crise et PCA)

« Dans ces environnements automatisés, les organes de coupure d’urgence doivent impérativement être maintenus : le désenfumage et de la ventilation doivent être asservis à la détection incendie. De la même façon, les convoyeurs aériens doivent s’arrêter immédiatement pour éviter que le feu ne soit “transporté” d’une cellule à l’autre par les rails. »

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Capitaine Antoine AUDFRAY

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Soumise à des contraintes opérationnelles, budgétaires et réglementaires, la blanchisserie hospitalière représente un environnement industriel exigeant. Le risque incendie y est connu, documenté et, par-là, largement évitable. Il s’agit en effet de consolider ce qui existe déjà : détection fiable, maintenance rigoureuse, équipes formées, plans de continuité éprouvés. Autant d’actions qui, mises bout à bout, font la différence entre un incident maitrisé et un sinistre aux conséquences durables pour les patients, les soignants et les agents de la blanchisserie elle-même.

Bien sûr, le financement de ces actions reste au cœur de la question et dépend peut-être d’un changement de perspective : nous convaincre collectivement que la sécurité est une condition de la production et non un frein. Car en définitive, garantir la bonne prise en charge du patient et offrir aux professionnels un cadre de travail sûr s’inscrit précisément dans la mission de service public hospitalier de ces établissements.


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