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Hôpitaux européens : la résilience à l’épreuve de la polycrise

Pénurie de soignants, augmentation des frais de santé, développement des pathologies chroniques avec le vieillissement de la population, accroissement des menaces cyber… : le rapport prospectif 2026 de Relyens scanne les vulnérabilités majeures des systèmes de soins. Face à ce diagnostic sans concession, à une dynamique reconnue depolycrise, dirigeants et experts plaident pour un changement radical de logiciel.

En plus d’une étude réalisée auprès de 924 soignants et directeurs d’établissements, Relyens enrichit cette analyse de sept interviews qualitatives d’acteurs de la santé incontournables en France, Italie et Espagne. L’heure n’est plus à la gestion de crises isolées, mais à l’anticipation d’uneffet dominosystémique.

Rapport prospectif
Relyens

Un effet ciseaux budgétaire et démographique

Un des points de rupture, présent dans le rapport mais fortement souligné dans le cadre de nos interviews, est financier. Selon le rapport, le système subit une pression sans précédent, portée par une transition épidémiologique coûteuse.

« 71 % de la croissance des dépenses de santé entre 2015 et 2023 s’expliquerait par la hausse des dépenses en lien avec les maladies chroniques »1, explique Sophie Beaupère, déléguée générale d’Unicancer.

71%

de la croissance des dépenses de santé entre 2015 et 2023 s’expliquerait par la hausse des dépenses en lien avec les maladies chroniques

62%

de la dépense de la Caisse nationale de l’Assurance
Maladie (CNAM) en 2023 est liée à ces pathologies et leurs traitements

« Actuellement, on observe déjà une difficulté de notre système national de santé à assurer un accès équitable aux soins. Les disparités se situent tant sur le plan géographique […] qu’entre les différents cadres de délivrance des soins. Dans certaines zones, l’accès aux soins est plus facile, dans d’autres il est très compliqué […]. La qualité globale dépend de la tenue de l’ensemble du réseau national. [Si] un seul maillon faiblit, c’est tout le système qui est impacté. »

Fabrizio D’Alba
Directeur général de l’hôpital Umberto I de Rome, président de Federsanità – La fracture territoriale

« Nous sommes face à un double défi : répondre à une demande croissante tout en sachant que les moyens, humains comme financiers, n’évolueront pas au même rythme. […] Le premier risque concerne l’adaptation au vieillissement et à la hausse des pathologies chroniques. Le deuxième est celui de la soutenabilité financière. Notre système solidaire est précieux, mais sous tension extrême. »

Zaynab Riet
Déléguée générale de la Fédération Hospitalière de France – Le mur démographique

«  Dans un contexte marqué par le vieillissement de la population et par la progression des maladies chroniques, et alors que 40% des cancers pourraient être évités, le virage vers une politique de prévention personnalisée et fondée sur les facteurs de risque individuels s’impose. Pour y faire face, Unicancer soutient l’adoption d’une loi de programmation pluriannuelle en santé, indispensable pour engager des actions de prévention efficaces à long-terme. »

Sophie Beaupère
Déléguée générale d’Unicancer – la soutenabilité financière

La sécurité des soins, une variable d’ajustement ?

L’autre fragilité majeure, sur laquelle tout le monde s’accorde et redoute, réside dans l’épuisement des ressources humaines. Le rapport prospectif Relyens identifie la fatigue des professionnels comme un « risque invisible » mais dévastateur, le premier des risques en termes de probabilité, de sévérité… et d’impact sur la sécurité du patient en bout de chaîne. La fatigue et l’épuisement professionnel deviennent les premiers vecteurs d’événements indésirables graves. 

72%

des répondants2

estiment que la pénurie de personnel compromet directement la sécurité des soins

«  Quant au risque sous-estimé, il tient sans doute au déficit d’anticipation des crises sanitaires à venir, qu’elle qu’en soit la nature : certes, quelques leçons ont été tirées du Covid, mais on aurait pu tirer profit de cette période inédite pour ancrer une vraie culture de santé publique dans notre pays. Cela n’est pas le cas.  » 

Lamine Gharbi
Président de la Fédération de l’Hospitalisation Privée 

Les grands risques qui pèsent sur la sécurité patients3

72%

Pénurie de personnel et épuisement professionnel

65%

Augmentations
des coûts de santé

60%

Ruptures des chaines
d’approvisionnement

Le risk management comme levier d’agilité

Pour Dominique Godet, Directeur général de Relyens, la « très bonne perception des risques » identifié à l’occasion du Rapport de prospective des risques en santé   par les managers est un atout. Mais cette conscience doit se traduire par une agilité organisationnelle, avec des pistes d’actions qui relève du niveau étatique mais aussi à la main des établissements eux-mêmes. 

Cinq pistes d’action pour coordonner la gestion des risques :

  • Soutien public et sectoriel
  • La formation continue et la culture d’apprentissage
  • Le soutien financier et organisationnel
  • Gouvernance et responsabilité
  • Cadres intégrés de gestion des risques (ERM)

« Il faudrait construire un cadre juridique – et même législatif – permettant aux établissements de choisir leur statut (public, fondation, privé non lucratif…). Une sorte de droit d’option laissant la main à l’établissement lui-même ! [Cela permettrait de] redonner de l’agilité aux acteurs de terrain pour qu’ils puissent adapter leur organisation aux besoins réels de leur territoire. »  

Charles Guépratte
Directeur général de la Fédération des Établissements Hospitaliers et d’Aide à la Personne (FEHAP)  

Les participants aux interviews qualitatives proposent quant à eux trois leviers :

1. Le capital humain au sommet des priorités

L’analyse des entretiens montre que la santé des soignants n’est plus seulement une problématique de ressources humaines, mais le pilier central de la sécurité et de la pérennité du système de santé. Pour Stéphane Boulanger,  par exemple,  la fatigue, longtemps restée sous le radar, doit devenir une priorité stratégique car elle impacte directement la viabilité des établissements. 

« La sécurité des patients est le point de convergence de tous les défis actuels : elle conditionne la soutenabilité financière, la qualité des parcours de soins et même la rétention du personnel. Améliorer la sécurité, c’est améliorer la performance globale de l’institution. »  

Stéphane Boulanger
Policy Advisor de l’EUPSF

En somme, les acteurs plaident pour que la fatigue des soignants sorte du « radar invisible » afin d’être gérée comme un risque majeur, au même titre que les risques financiers ou cyber. Cette transition nécessite de passer d’une culture du soin curatif à une culture de prévention incluant la santé de ceux qui soignent. 

2. L’innovation et l’interopérabilité des données 

L’agilité technologique est le deuxième levier majeur, qui remonte chez les acteurs de la santé. Pour le Dr Carlos Rus (Espagne), par exemple, la résilience repose sur une collaboration public-privé fluide et, surtout, sur la fin des silos numériques. « L’intégration et le partage de données, ainsi que l’interopérabilité des dossiers médicaux, constituent des éléments essentiels pour renforcer la résilience », explique-t-il, citant également le mouvement vers l’« hôpital vert », conçut de manière durable, comme solution pour améliorer l’efficience des processus, en Europe.  

 Ils font ainsi écho à ce que propose l’américain David Bates, dans le rapport prospectif des Risques de Relyens : « Les solutions d’« IA ambiante » par exemple permettent, dans le secteur de la santé, de  générer automatiquement les notes de consultation, et ainsi, de réduire la charge cognitive des praticiens. Des expérimentations, que j’ai observées sur le terrain, ont montré une baisse de 25 % du burn-out dans les équipes concernées : un résultat sans précédent, obtenu sans réforme lourde, mais par une réorganisation intelligente du temps de soin. »  

«  Parmi les mesures prioritaires, citons, en premier lieu, les actions en faveur du traitement des données et de l’application de l’intelligence artificielle. Ces outils sont progressivement intégrés de manière transversale pour aider les professionnels dans la prestation des soins et la prise de décisions médicales à toutes les étapes, du diagnostic jusqu’au traitement, en passant par la redéfinition de processus. Cette transformation entraînera une plus grande souplesse des parcours de soin.  » 

Carlos Rus
Ex-Président de la Alianza de la Sanitad Privada  Espanola  (ASPE) 

3. Une gouvernance agile et décloisonnée 

Enfin, le rapport appelle à une approche intégrée de gestion des risques (Enterprise Risk Management). Cette mutation exige de lever certains freins structurels. « Pour être résilients, il est nécessaire d’avoir une autonomie de gestion efficace, de surmonter les barrières bureaucratiques et de contrôle absurdes », souligne le Dr Ignasi Carrasco (Catalogne). 

Pour répondre aux besoins futurs, il  préconise  un effort technique pour planifier les soins de grande complexité dans un cadre territorial plus large. Cela passe, selon lui, par des « partenariats entre les centres et la création de services et d’unités partagés ».

Vers une souveraineté partagée

En conclusion, les paroles des partenaires  interrogés orientent vers une piste supranationale pour certains domaines de la santé. Qu’il s’agisse de sécuriser la «  production de médicaments essentiels  » (Zaynab  Riet, FHF) ou de lutter contre les «  tensions d’approvisionnement  » (Lamine Gharbi, FHP), l’échelon continental est devenu l’unité de mesure de la sécurité sanitaire. 

Pour Fabrizio D’Alba, cette ambition européenne passe par du concret : il juge l’«  harmonisation  des compétences primordiale pour favoriser la mobilité  » et suggère la mise en place de «  normes d’habilitation et de cursus communs  ». Une vision complétée par Charles Guépratte (FEHAP), qui voit dans l’Europe un échelon pertinent pour construire un «  cadre de confiance  » autour de l’innovation et de l’intelligence artificielle. 

Relyens tisse un partenariat fort avec le FHF au service de la prévention grand public, comme pour les soignants eux-même. Ces derniers ne doivent jamais être oubliés dans nos efforts de prévention.

  1. D’après le Rapport annuel « Charges et Produits pour 2026 » de l’assurance maladie. ↩︎
  2. Des répondants à l’enquête européenne Relyens Ipsos-Bva ↩︎
  3. D’après le Rapport prospectif Relyens ↩︎

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